21 Jul 2026

Projet Top Up « Programme d’Adaptation au Changement Climatique », financé par Presbyterian Church of Ireland et mis en œuvre par SARCAF et ECC-MERU en partenariat avec Christian Aid RDC

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Dans le cadre du projet Top Up « Programme d’Adaptation au Changement Climatique », financé par Presbyterian Church of Ireland et mis en œuvre par SARCAF et ECC-MERU en partenariat avec Christian Aid RDC, une étude a été réalisée afin de documenter et valoriser les savoirs traditionnels et scientifiques liés à la prévention des risques climatiques dans cinq localités du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu.

Au cours du premier semestre 2026, plusieurs activités majeures ont été réalisées dans les localités de Ntulu-Mamba, Kasheke, Rambira, Bujuki et Mukwidja afin d'améliorer les capacités communautaires d'adaptation, de prévention et de gestion des risques climatiques.

1. Contexte

Le territoire de Kalehe figure parmi les zones les plus exposées aux effets du changement climatique en République Démocratique du Congo. Les communautés y font face à une multiplication des catastrophes naturelles telles que les inondations, les glissements de terrain, les éboulements, les tempêtes, les sécheresses et les séismes. Ces phénomènes affectent gravement les moyens de subsistance, les infrastructures, la sécurité alimentaire et le bien-être des populations, particulièrement des femmes, des enfants et des personnes vulnérables.

Face à ces défis, l’étude visait à explorer comment les connaissances locales héritées des générations passées peuvent compléter les outils scientifiques modernes afin de renforcer les systèmes communautaires d’alerte précoce et d’adaptation aux changements climatiques.

2. Méthodologie

L’étude a été menée dans les localités de Ntulu-Mamba, Nyamutwe/Kasheke, Rambira/Bushushu, Bujuki/Nyabibwe et Mukwidja Centre. Elle s’est appuyée sur :

• Des groupes de discussion communautaires réunissant plus d’une centaine de participants ;

• Des entretiens avec des autorités coutumières, leaders communautaires, religieux, enseignants et prestataires de soins ;

• Des observations de terrain ;

• Une revue documentaire réalisée auprès des universités, centres de recherche et plateformes scientifiques.

3. Principaux résultats

a. Des savoirs locaux toujours pertinents

Les communautés disposent d’un riche patrimoine de connaissances permettant d’anticiper certains phénomènes climatiques à travers l’observation :

• Du comportement des insectes, oiseaux et animaux ;

• De la floraison de certaines plantes ;

• De l’apparition et de la forme des nuages ;

• Des variations du niveau du lac Kivu et des cours d’eau ;

• De la direction des vents et d’autres signes naturels.

Ces indicateurs traditionnels constituent depuis longtemps des outils d’observation et d’anticipation utilisés pour protéger les populations et leurs moyens de subsistance.

b. Sensibilisation et renforcement des capacités communautaires

L'une des priorités du projet a consisté à renforcer les connaissances des populations sur les effets du changement climatique et les mesures d'adaptation. À cet effet, 2 600 membres des communautés, dont 1 132 femmes et 1 468 hommes, ont participé à des séances de sensibilisation portant sur les causes, les conséquences et les mécanismes de réponse aux risques climatiques.

Par ailleurs, 500 leaders communautaires, chefs locaux et représentants des structures de base ont bénéficié de formations sur les effets du changement climatique ainsi que sur les principes des systèmes d'alerte précoce. Ces formations visent à renforcer les capacités locales de prévention et à favoriser une meilleure préparation face aux catastrophes naturelles.

Des actions de plaidoyer ont également été menées auprès des autorités locales et des principaux concessionnaires afin de promouvoir des pratiques contribuant à la réduction des risques climatiques et à la protection de l'environnement.

Développement d'un système d'alerte précoce adapté aux réalités locales

Afin de poser les bases d'un système d'alerte précoce communautaire efficace, le projet a recruté un expert climatologue chargé d'accompagner les communautés dans l'identification des risques, l'analyse des vulnérabilités et la mise en place de mécanismes d'alerte adaptés au contexte local.

Dans cette dynamique, une étude approfondie a été conduite dans les cinq villages d'intervention afin de documenter les savoirs ancestraux, traditionnels et scientifiques relatifs aux risques climatiques.

Les résultats de cette étude révèlent que les communautés disposent d'un important patrimoine de connaissances fondé sur l'observation de l'environnement. Les populations s'appuient notamment sur le comportement des insectes et des oiseaux, la floraison de certaines espèces végétales, la forme des nuages, la direction des vents ou encore les variations du niveau des cours d'eau et du lac Kivu pour anticiper certains phénomènes climatiques.

L'étude démontre également que ces savoirs traditionnels ne sont pas contradictoires avec les connaissances scientifiques. Au contraire, ils constituent des outils complémentaires capables d'enrichir les systèmes modernes d'alerte précoce et de renforcer la capacité des communautés à anticiper les catastrophes.

c. Une complémentarité entre science et savoirs traditionnels

L’étude démontre que les connaissances ancestrales ne s’opposent pas aux données scientifiques. Au contraire, elles se renforcent mutuellement. Plusieurs indicateurs observés par les communautés correspondent aux tendances confirmées par les données météorologiques et climatiques disponibles, notamment :

• L’augmentation des températures ;

• Les variations importantes des précipitations ;

• La montée progressive des eaux du lac Kivu ;

• L’intensification de certains phénomènes météorologiques extrêmes.

Cette complémentarité constitue une opportunité importante pour développer des systèmes d’alerte précoce plus inclusifs, accessibles et adaptés aux réalités locales.

4. Une vulnérabilité croissante des communautés

Les effets du changement climatique entraînent :

• La destruction des habitations et infrastructures communautaires ;

• La baisse de la productivité agricole ;

• L’insécurité alimentaire ;

• La raréfaction de certaines espèces de poissons ;

• L’augmentation des déplacements de population ;

• Une exposition accrue des femmes aux violences et à la précarité économique.

Les catastrophes récentes observées dans la région illustrent l’urgence de renforcer les capacités locales de prévention et de gestion des risques.

5. Menaces sur la transmission des savoirs

L’étude met également en évidence une diminution progressive de la transmission intergénérationnelle des connaissances traditionnelles. La modernisation, les mutations sociales et l’affaiblissement des structures coutumières contribuent à la disparition de nombreux savoirs locaux qui pourraient pourtant enrichir les stratégies actuelles d’adaptation climatique.

6. Recommandations

Afin de renforcer la résilience des communautés de Kalehe, l’étude recommande :

• L’intégration des savoirs traditionnels dans les systèmes communautaires d’alerte précoce ;

• Le renforcement des liens entre les communautés et les institutions scientifiques ;

• L’installation ou la réhabilitation de dispositifs de suivi météorologique de proximité ;

• La documentation et la préservation des connaissances ancestrales ;

• Le renforcement des capacités des comités communautaires de résilience ;

• La promotion de l’inclusion des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables dans la gestion des risques climatiques.

Conclusion

Cette étude confirme que les savoirs traditionnels constituent une ressource précieuse pour l’adaptation aux changements climatiques. Leur combinaison avec les connaissances scientifiques offre une approche innovante, inclusive et durable pour améliorer la prévention des catastrophes et renforcer la résilience des communautés du territoire de Kalehe. Préserver, documenter et valoriser ces connaissances représente aujourd’hui un enjeu stratégique pour la protection des populations face aux défis climatiques croissants.